17 octobre 2007
Frédéric Beigbeder présente...
... et en impose.

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Frédéric aux Galeries
« Les Galeries Lafayette recherchaient une personnalité (…) qui ne soit surtout pas dans les stéréotypes des mannequins hommes traditionnels, et qui ait suffisamment de recul, de décalage et d'humour pour s'inscrire dans l'esprit de la campagne », indique les Galeries dans un communiqué. « Frédéric Beigbeder, nouveau Dandy littéraire, correspondait parfaitement à cet état d’esprit ».
Cette campagne joue sur le thème de la publicité, l'ancien métier de Frédéric Beigbeder. Un métier d'ailleurs violemment fustigé par ce dernier dans le plus célèbre de ses romans : "99 francs". La campagne met en scène l'auteur torse nu avec en main "La Société de Consommation" de Jean Baudrillard, où le sociologue clamait en 1970 « La publicité tout entière n’a pas de sens ».
Un clin d’œil appuyé à "99 francs", dont l’adaptation cinématographique est sortie le 26 septembre dernier sur les écrans. Rien qu’entre le 19 septembre et le 2 octobre, le long métrage a attiré plus de 517 000 spectateurs. Un succès apportant une notoriété redoublée à son inspirateur et dont les Galeries Lafayette Homme comptent sans doute profiter.
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05 octobre 2007
Au secours pardon
Beigbeder est un génie : un poète dans l'âme, déjanté, exentrique et pudique à la fois, un dandy, un esthète, c'est le Paris rive gauche, pouvant parfois frôler le Paris bohémien. La recherche d'un idéal, du beau, du puissant, de l'amour. Incarnant le mal-être et la quête de l'absolu, Beigbeder sait livrer de merveilleuses choses.
C'est pourquoi j'ai longtemps hésité à écrire sur Au secours pardon. J'aimerais vraiment trouver d'autres mots que ceux de la déception. Pour la première fois, j'écrirais d'un livre de Beigbeder qu'il n'est pas bon. On y retrouve un Beigbeder contestataire, qui nous livre un pamphlet sur la dictature de la beauté et de la consommation, mais le tout est mal ficelé. Un pâle reflet de 99 francs, sans nouveauté, et pire que tout, d'un style maladroit, voir mal rédigé.
Comment cela est-il possible? M. Frédéric porte pourtant en lui toute la culture et le talent à pouvoir livrer de pures merveilles, intimistes et entières. Mais peut-être touchons-nous ici au centre du problème : il ne livre rien de lui, ouvre son coeur avec maladresse et le lecteur ne s'y retrouve pas. Il aurait fallu donner une plus grande part de lui, ou du moins, une part plus véritable. L'essence du livre et des mots, l'ivresse des sentiments et de l'expérience personnelle et intime, celle cachée derrière un mot ou une phrase, la beauté du vrai. C'est ce qu'il manquerait à ce livre, et qui le rend si peu attachant. Le prochain ne pourra être nul doute, que meilleur.
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25 septembre 2007
99 francs
BIENVENUE DANS UN MONDE MEILLEUR


Introspection du milieu de la pub. Bienvenue dans la cruauté de l'homme, bienvenue dans le monde que nous avons créé. Beigbeder a réalisé avec ce livre un chef d'oeuvre excellentissime sur le monde des créatifs et plus largement sur la vie. En disant 'hymne à la vie', j'ai bien peur de parodier Edith Piaf et d'être complètement à côté de la plaque. Beigbeder tente avec virtuosité de nous ouvrir les yeux sur nos libertés à reconquérir, sur le troisième Millénaire, sur toutes ces choses sur lesquelles nous fermons les yeux, trop faibles pour assumer.
Sombre, déjanté, il a parfois le goût d'un Bret Easton Ellis, le parfum suave d'un échappatoire Baudelairien, l'effondrement ivresque d'une drogue injectée dans les consciences.
Beigbeder est un génie. Entre subtilité et confusion, on se perd parfois dans le fantasme sanglant d'Octave, qui se bat pour sa liberté dans une société qui ne laisse pas de choix. Octave est un salaud et pourtant le livre regorge d'amour. C'est la dualité d'un être, le paradoxe d'un monde que nous expérimentons tous. Si Beigbeder nous plonge dans le milieu publicitaire, il ne se cantonne pas à une simple description. Il aurait pu se vautrer dans une facilité pleine d'évidences et de clichés, profitant d'un créneau riche sans avoir besoin de prodiguer des efforts. Ce n'est pas la voie qu'il a choisi. Le livre est riche, époustouflant; phénomène de mode et pourtant il s'en éloigne. Entier, on vole avec lui et Octave vers la liberté, même illusoire.
Une autre richesse de ce livre est qu'il ne traite pas que de la publicité, du monde des créatifs, de leur psychoses et paranoïa. Le livre traître plus globalement du sujet de l'entreprise d'aujourd'hui, des objectifs, de la manipulation en société, telle que nous la vivons et la faisons vivre aux autres. Le livre dénonce avec brio nos peurs, nos angoisses, nos envies, nos rêves, les difficultés à aimer, à être libre, et décortique nos besoins, nous plongeant sous un nouvel angle au plus profond du troisième Millénaire.
Extraits :
Je crois qu'à la base, je voulais faire le bien autour de moi. Cela n'a pas été possible pour deux raisons : parce qu'on m'en a empêché, et parce que j'ai abdiqué. Ce sont toujours les gens animés des meilleurs intentions qui deviennent des monstres.
Les gens se parlent de plus en plus rarement; en général, quand on se force à dire la vérité en face, c'est qu'il est presque trop tard.
On avait calculé qu'entre la naissance et l'âge de dix-huit ans, toute personne était exposée en moyenne à 350 000 publicités. (...) L'Occidental moyen était soumis à 4 000 messages commerciaux par jour.
Tout le monde a besoin d'activités pour "déstresser", mais toi tu vois bien qu'en réalité les gens ne font que se débattre.
Quand une fille apprend à son mec qu'elle attend un enfant, la question que se pose immédiatement le mec n'est pas: "Est-ce que je veux cet enfant?" mais "Est-ce que je reste avec cette fille?"
Nous sommes tous prostitués. 95% des gens accepteraient de coucher si on leur proposait dix mille francs. N'importe quelle nana te suce sans doute à partir de la moitié. Elle fera la vexée, ne s'en vantera pas devant ses copines, mais je pense qu'à cinq mille tu en fais ce que tu veux. Et même pour moins. On peut avoir qui on veut, c'est juste une question de tarif: refuseriez-vous une pipe à un million, dix millions, cent millions? La plupart du temps, l'amour est hypocrite : les jolies filles tombent amoureuses (sincèrement, croient-elles du fond du coeur) de mecs comme par hasard plein aux as, susceptibles de leur offrir une belle vie de luxe. C'est pas pareil que des putes? Si.
La motivation tourne à plein régime. Le matin est consacré à des réunions d'autosatisfaction où le bilan de l'entreprise est porté aux nues. Les termes d'"autofinancement" et d'"amortissement pluriannuel" sont souvent employés pour justifier l'absence de prime de fin d'année. (En réalité, tout l'argent gagné par la filiale est déposé en fin d'exercice aux pieds de quelques vieux chauves de Wall Street qui ne viennent jamais à Paris, fument le cigare et ne disent pas merci. Comme les vassaux médiévaux ou les victimes des guerres Puniques, les dirigeants de R&W France déversent devant les actionnaires le butin de l'année en tremblant pour le crédit de leur résidence secondaire à rembourser.)
Rien n'a changé depuis Pascal : l'homme continue de fuir son angoisse dans le divertissement.
Tout le monde a au fond de lui un chagrin qui sommeille. Tout coeur qui n'est pas brisé n'est pas un coeur.
Dans la presse, vous pouvez dire des horreurs sur des personnes humaines mais essayez un peu de descendre un annonceur et vous risquez très vite de faire perdre à votre journal des millions de francs de rentrée publicitaires. A la télévision, c'est encore plus retors : une loi interdit de citer des marques à l'antenne pour éviter la publicité clandestine; en réalité, cela empêche de les critiquer. Les marques ont le droit de s'exprimer autant qu'elles le veulent (et paient ce droit très cher), mais on ne peut jamais leur répondre.
A un moment, quand on dit aux gens que leur vie n'a aucun sens, il deviennent tous complètement fous, ils courent partout en poussant des cris, ils n'arrivent pas à accepter que leur existence n'a pas de but, quand on y réfléchit c'est assez inadmissible de se dire qu'on est là pour rien, pour mourir et c'est tout, pas étonnant que tout le monde devienne cinglé sur la terre.
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23 septembre 2007
L'amour dure trois ans

Voilà une vérité que Beigbeder nous jette en pleine figure: l'amour ne dure que trois ans. Un an de passion, un an de tendresse et un an à ouvrir les yeux avant de comprendre que tout est déjà fini, sans raison.
Un livre qui réserve bien des surprises. Et pas celles que l'on croit. Ecriture fluide, récit vivant, construit, entier, honnête. Nous sommes avec Marc, dans sa tête, dans sa vision de la vie, de l'amour, ses doutes, ses interrogations, et pourtant, on ne tourne pas en rond. Beigbeder ne tourne pas en rond. L'amour dure trois ans est son troisième roman. L'évolution dans son univers est certaine, il ne se cache pas de ses influences, il ne ment pas sur ce qu'il est et ment sur tout. Alors pourquoi l'identification fonctionne si bien? Peut-être Beigbeder a-t-il une compréhension du monde inspirée de sa culture et une sensibilité à fleur de peau. Peut-être est-il simplement un passionné, un vrai, avec tout ce que cela comporte d'avantages/inconvenients: il est entier, dans une soif constante d'absolu et des dépressions qui s'en suivent. Il rejette tout ce qui n'est pas vrai et le mensonge de nos vies. Il ne substitue pas un sentiment à un autre (l'ennui ne peut être la tendresse): il remet à plat les définitions flous et interchangeables qui sont donnés aux nombreux sentiments qui entourent le sentiment amoureux. Et il va vous faire douter de vos propres sentiments. Gare à vous si vous vous mentez: vous allez être mis à l'épreuve. Il refuse de femer les yeux sur la réalité de ce qu'il ressent, il refuse d'oublier ce que veut dire aimer. Beigbeder n'est pas un rebelle, Beigbeder est, à n'en pas douter, un romantique.
Extraits et citations:
Au début, tout est beau, même vous. Vous n'en revenez pas d'être aussi amoureux. Chaque jour apporte sa légère cargaison de miracles. Personne sur Terre n'a jamais connu autant de plaisir. Le bonheur existe, et il est simple: c'est un visage. L'univers sourit. Pendan un an, la vie n'est qu'une succession de matins ensoleillés, même l'après-midi quand il neige. Vous écrivez des livres là-dessus. Vous vous mariez, le plus vite possible - pourquoi réfléchir quand on est heureux? Penser rend triste; c'est la vie qui doit l'emporter.
La deuxième année, les choses commencent à changer. Vous êtes devenu tendre. Vous êtes fier de la complicité qui s'est établie dans votre couple. Vous comprenez votre femme "à demi-mot"; quelle joie de ne faire qu'un. Dans la rue, on prend votre épouse pour votre soeur: cela vous flatte mais déteint sur vous. Vous faites l'amour de moins en moins souvent et vous croyez que ce n'est pas grave. Vous êtes persuadé que chaque jour solidifie votre amour alors que la fin du monde est pour bientôt. Vous défendez le mariage devant vos copains célibataires qui ne vous reconnaissent plus. Vous-mêmes, êtes-vous sûrs de bien vous reconnaître, quand vous récitez la leçon apprise par coeur, en vous retenant de regarder les demoiselles fraîches qui éclairent la rue?
Alors elles attendent le Prince Charmant, ce concept publicitaire débile qui fabrique des déçues, des futures vieilles filles, des aigries, alors que seul un homme imparfait peut les rendre heureuses.
La seule question en amour, c'est: à partir de quand commence-t-on à mentir?
L'amour est fini quand il n'est plus possible de revenir en arrière. C'est comme ça qu'on s'en rend compte: de l'eau a coulé sous les ponts, l'incompréhension règne; on a rompu sans même s'en apercevoir.
Ma femme m'a rendu la liberté, et voici que je lui en veux. Je lui en veux de me laisser face à moi-même. Je lui en veux de m'autoriser à repartir de zéro. Je lui en veux de m'obliger à prendre mes responsabilités. (...) J'ai souffert d'être enfermé, et maintenant je souffre d'être libre.
Je découvre que pour rester amoureux, il faut une part d'insaisissable en chacun. (...) Surtout, j'ai appris que pour être heureux, il faut avoir été très malheureux. Sans apprentissage de la douleur, le bonheur n'est pas solide.
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