15 juillet 2007
CHARLES CHAPLIN Histoire de ma vie
Un livre magnifique, bouleversant, touchant et profondément humain.
Chaplin, c'est plus qu'une vie. Ce sont des vies, des époques, un siècle chargé où l’humain tente de trouver sa place entre mensonges et vérité, haine et amour. J’ai envie de dire que Chaplin a tout connu ou que peut-être, il a tout compris. Parfois trop tard. Mais il a vécu. Pour notre bonheur. Ses films m’émeuvent au plus haut point, et à cette distance qui nous sépare, je lui dis merci.
Extraits
« J’étais arrivé à cet âge difficile et ingrat de l’adolescence, et j’éprouvais les mêmes sentiments que tous les garçons de seize à dix-huit ans. J’avais le culte de la témérité et du mélodrame, j’étais un rêveur à la larme facile, je pestais contre la vie tout en l’adorant, bref mon esprit était encore dans une chrysalide dont il émergeait par brusques sursauts de maturité. Je m’attardait dans ce labyrinthe de miroirs déformants, mon ambition se manisfestant par courtes bouffées. (…) Ce que je voulais vraiment, c’était du romanesque et de l’aventure. » (vers 1904)
« La solitude est une sorte de tare : elle a un subtil parfum de tristesse, quelque chose qui n’attire ni n’intéresse personne ; on en a un peu honte. Mais c’est, dans une mesure plus ou moins grande, une thème commun à tous. »
« Le tapis magique (tapis dans le hall magnifique de l’Alexandria Hotel à New York) fit venir Sid Grauman de San Francisco pour négocier la construction de ses salles de cinéma d’un million de dollars. Sid prospérait en même temps que la ville. Il avait le sens de la publicité excentrique et il stupéfia un jour Los Angeles en lançant à travers la ville deux taxis qui se poursuivaient, leurs occupants échangeant des coups de feu à blanc, tandis qu’au dos des voitures une pancarte annonçait : ‘La Pègre au nouveau cinéma Grauman’.
Il était plein d’idées. Ce fut lui, notamment, qui imagina de faire apposer aux vedettes de Hollywood l’empreinte de leurs mains et de leurs pieds dans du ciment humide devant son Théâtre Chinois ; Dieu sait pourquoi les vedettes le firent, et cela devint une consécration presque aussi importante que de recevoir l’oscar. » (vers 1915-1917)
« Mais la vie n’est qu’un synonyme de conflit et nous laisse peu de répit. Quand ce n’est pas le problème de l’amour, c’est autre chose. Le succès était merveilleux, mais il impliquait l’effort de suivre le rythme de cette nymphe au cœur infidèle, la popularité. Je trouvai pourtant ma consolation dans le travail. (…) Quant à l’amour, le plus clair passait dans mon travail. Lorsqu’il dressait quand même sa ravissante tête, la vie était si mal faite qu’il y avait soit surabondance, soit pénurie. Mais j’étais un homme de discipline et je prenais mon travail au sérieux. Comme Balzac, qui estimait qu’une nuit d’amour représentait le sacrifice d’une bonne page de roman, je croyais aussi que cela signifiait le sacrifice d’une bonne journée de travail au studio.» (1916-1917)
« Des journalistes m’ont demandé comment me viennent les idées de mes films et jusqu’à ce jour, je n’ai jamais pu leur répondre de façon satisfaisante. Au long des années, j’ai découvert que les idées vous viennent quand on éprouve un désir intense d’en trouver ; l’esprit devient ainsi une sorte de tour de guet d’où l’on est à l’affût de tout incident susceptible d’exciter l’imagination : de la musique, un coucher de soleil peuvent donner une image à une idée.
Je crois que la bonne méthode consiste à choisir un sujet qui vous stimule, à le développer et à le mettre au point et puis, si on n’est pas capable d’aller plus loin, à l’écarter pour en choisir un autre. L’élimination après l’accumulation, c’est ainsi qu’on peut découvrir ce qu’on veut.
Comment a-t-on des idées ? Par la persévérance poussée jusqu’au bord de la folie. Il faut avoir la capacité de supporter l’angoisse et de conserver son enthousiasme pendant une longue période. Peut-être est-ce plus facile pour certains que pour d’autres, mais j’en doute. »
« Je ne tenterai pas de plonger dans les profondeurs de la psychanalyse pour expliquer le comportement des hommes, qui est aussi inexplicable que la vie elle-même. Plus que la sexualité ou que les aberrations infantiles, je crois que c’est l’atavisme qui est à l’origine de la plupart des conceptions qui nous guident ; je n’ai pourtant pas eu besoin de lire des livres pour savoir que le grand thème de la vie, c’est la lutte et aussi la souffrance. Instinctivement, toutes mes clowneries s’appuyaient là-dessus. Ma méthode pour organiser l’intrigue d’une comédie était simple : cela consistait à plonger des personnages dans des ennuis et à les en faire sortir. »
« J’abhorre les écoles et cours dramatiques qui encouragent la méditation et l’introspection pour faire naître l’émotion juste. Le simple fait qu’un élève doive subir une véritable opération mentale suffit à prouver qu’il devrait renoncer à jouer.
Quant aux termes métaphysiques tant rebattus de ‘vérités’, il en existe différentes formes et une vérité en vaut bien une autre. Le jeu classique de la Comédie-Française est aussi crédible que le prétendu jeu réaliste d’une pièce d’Ibsen ; les deux sont dans le domaine de l’artificiel et conçus pour donner l’illusion de la vérité… au fond, dans toute vérité, il y a la semence du mensonge.
(…) Ce que j’aime chez un comédien, c’est la subtilité et la retenue. »
« On a écrit bien des absurdités à propos de ma mélancolie profonde et de mon goût de la solitude. Peut-être n’ai-je jamais eu besoin d’avoir trop d’amis : la célébrité les attire aveuglément. J’aime mes amis comme j’aime la musique, quand je suis dans la disposition d’esprit qu’il faut. Aider un ami dans le besoin est facile, mais lui donner votre temps n’est pas toujours opportun. Au faîte de ma popularité, amis et relations envahissaient ma vie à l’excès. Mais comme je suis tout à la fois extraverti et introverti, quand ce sont aspect de mon tempérament prévalait, il me fallait échapper à tout cela. »
« Je n’ai trouvé la pauvreté ni séduisante ni édifiante. Elle ne m’a rien enseigné qu’à déformer les valeurs, qu’à surestimer les vertus et les grâces des classes riches et soi-disant supérieures.
La richesse et la célébrité, au contraire, m’ont permis de voir le monde sous sa véritable perspective, de découvrir que des hommes éminents, quand je les approchais, avaient leurs défauts tout comme le commun d’entre nous. La richesse et la célébrité m’on enseigné aussi (…) que l’intelligence n’est pas nécessairement le résultat de l’éducation ni d’une connaissance des classiques.
Malgré ce que prétend Maugham, comme tout le monde, je suis ce que je suis. Un individu, unique et différent, avec derrière moi tout l’héritage de désirs et de besoins ancestraux, avec tous les rêves, les désirs et les expériences personnelles dont je suis la somme. »
« Je ne peux pas croire que notre existence soit sans signification, qu’elle ne soit qu’un pur accident, comme certains savants voudraient nous l’affirmer. La vie et la mort sont des évènements trop précis, trop implacables pour être accidentels.
Les hasards de la vie et de la mort – un génie fauché à la fleur de l’âge, des bouleversements mondiaux, des holocaustes et des catastrophes – tout cela peut sembler vain et absurde. Mais le fait que cela se soit produit donne la démonstration d’un but ferme et précis, qui dépasse l’entendement de nos esprits à trois dimensions. »
« Nous avons découvert le secret de la vitesse, mais nous sommes cloîtrés. La machine qui produit l’abondance nous a appauvris. Notre science nous a rendu cyniques ; notre intelligence nous a rendus cruels et sans pitié. Nous pensons trop et nous ne sentons pas assez. » (extrait du discours final du Dictateur, 1940)
« Bien qu’impatient de visiter l’Angleterre avec ma famille, j’étais agréablement détendu. Les immensités de l’Atlantique vous purifient l’âme. Je me sentais un autre homme. Je n’étais plus un mythe du monde du cinéma, une cible offerte à l’acrimonie des gens, mais un homme marié qui partait en vacances avec sa femme et sa famille. Les enfants jouaient sur le pont supérieur, tandis qu’Oona (sa femme) et moi étions assis dans des transatlantiques. Je compris alors ce que c’était que le bonheur parfait : quelque chose de très proche de la tristesse ». (1952)
« Je reçus peu après une lettre m’annonçant qu’elle (Edna Purviance) était morte. C’est ainsi que le monde rajeunit et que la jeunesse prend le relais. Et nous qui avons vécu un peu plus longtemps, nous nous sentons de plus en plus esseulés à mesure que nous poursuivons notre voyage.
Il me faut donc maintenant mettre un terme à cette odyssée que j’ai vécue. Je me rends compte que le temps et les circonstances m’ont favorisé. J’ai eu droit à l’affection, à l’amour et aussi à la haine du monde. Oui, le monde m’a prodigué ce qu’il a de mieux et m’a presque entièrement épargné ce qu’il a de pire. Malgré toutes mes vicissitudes, je crois que la fortune et l’infortune s’abattent sur vous au hasard, comme des nuages d’averse. Sachant cela, je ne suis jamais trop bouleversé par ce qui m’arrive d’ennuyeux, et je suis agréablement surpris de ce qui m’arrive de bien. Je n’ai pas d’art de vivre, pas de philosophie : sage ou fou, il nous faut tous lutter avec la vie. Je chancelle sous les contradictions : parfois de petits détails m’agacent et des catastrophes me laissent indifférent.
(…) Schopenhauer a dit que le bonheur est un état négatif, mais je ne suis pas d’accord. Depuis ces vingt dernières années, je sais ce que signifie le bonheur. J’ai la bonne fortune d’être le mari d’une femme merveilleuse. Je voudrais pouvoir écrire plus long là-dessus, mais c’est d’amour qu’il s’agit, et l’amour parfait est ce qu’il y a de plus magnifique au monde, mais de plus décevant aussi, car c’est ce qu’on ne peut exprimer. En vivant avec Oona, je découvre sans cesse les beautés profondes de son caractère. Même lorsqu’elle marche devant moi sur les trottoirs étroits de Vevey avec une simple dignité, sa petite silhouette bien droite, ses cheveux noirs bien tirés en arrière et révélant quelques fils d’argent, une vague d’amour et d’admiration déferle soudain sur moi quand je songe à tout ce qu’elle est, et j’ai la gorge serrée.
Au milieu d’un tel bonheur, je m’assieds parfois sur notre terrasse au coucher du soleil et je contemple la vaste étendue de pelouse verte et le lac au loin, et par-delà le lac la présence rassurante des montagnes, et je reste là, sans penser à rien, à savourer leur magnifique sérénité. »
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02 mars 2007
Au Revoir Parapluie

20 janvier 2007
James Thiérrée, génie de l'air et de la mer

Le petit-fils de Charlie Chaplin crée au Théâtre de Vidy-Lausanne «Au revoir parapluie», une odyssée poussée par des vents magiques.
Une imagination débridée, une légèreté surnaturelle, un talent de virtuose: tel est James Thiérrée, metteur en scène, acteur, mime, danseur et acrobate. Ce jeune homme de 32 ans, Lausannois de naissance, est le petit-fils de Charlie Chaplin et le fils de deux acteurs de cirque. Un héritage parfaitement honoré dans ses spectacles, trois jusqu'à ce jour et déjà une renommée internationale.
Sa dernière création, «Au revoir parapluie», est à l'affiche du Théâtre de Vidy depuis le 16 janvier. Le soir de la Première, le public ravi et ému a fait une «standing ovation» à l'enfant du pays, mais aussi sans doute au passé glorieux du mime que le comédien porte en lui et qu'il prolonge sur scène avec brio.
Une filiation manifeste
James Thiérrée ressemble à son grand-père, physiquement déjà: mêmes pommettes saillantes, même regard doux-amer. S'y ajoute l'agilité artistique et cet air agréablement effaré sur scène, comme s'il découvrait à chaque instant la fragilité du monde.
Un tour de piste, un pas de danse, une pantomime, une bouche qui s'ouvre pour laisser échapper le silence, et voilà Charlot revenu de là-haut. Le petit-fils rend hommage au grand-père, se dit-on alors. Mais James Thiérrée s'en défend. Il jure et promet que tout cela n'est nullement intentionnel.
«On va dire que c'est génétique, confie-t-il en riant. Mon grand-père, je ne l'ai pas vraiment connu, j'étais très petit lorsqu'il est mort, il n'y a donc pas eu de transmission directe. Cet héritage, je le laisse tout simplement opérer. Sur ce sujet, je n'ai guère de théorie. Avoir Chaplin dans ma famille, ça ne me prend pas la tête. Mais, je ne rentre pas non plus dans une dynamique de rejet. J'essaie surtout de profiter de l'enseignement de mes parents auprès desquels j'ai appris le métier du cirque».
Le goût du large
Enfant de la balle, James Thiérrée accompagne, à 4 ans déjà, sa mère et son père qui dirigent le Cirque Imaginaire. «On voyageait beaucoup», souffle-t-il, et ce goût du voyage m'est resté».
Le goût du large, voudrait-on ajouter, repérable en tout cas sur scène. Dans ses deux derniers spectacles, Thiérrée vole de rivage en rivage et règne en maître sur les airs et les mers. «La Veillée des abysses» (créée à Vidy-Lausanne en 2003) et aujourd'hui «Au revoir parapluie» sont de petites odyssées, homérique ou shakespearienne.
Le vent s'y engouffre, une tempête se lève, un équipage affronte les flots, un bateau s'échoue sur ce qui ressemble à une île. Apparaissent des magiciens, des sirènes, des nymphes et même des cyclopes. Le même univers marin, d'une création à l'autre. Le même silence aussi.
Pas un mot n'est dit dans les spectacles de James Thiérrée. L'histoire se raconte par l'image et par le jeu des danseurs, mimes, acrobates, comédiens et chanteurs. En somme, le monde du cirque, celui qui a émerveillé l'enfance de Thiérrée.
13:15 Publié dans From Chaplin to Thierree | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02 février 2007
La symphonie du Hanneton
Mise en scène de James Thiérrée

La troupe : James Thiérrée, Raphaëlle Boitel, Magnus Jakobsson, Uma Ysamat
En regardant le spectacle, je ne savais pas ce que j'allais voir. A un moment, j'ai vu James de profil, plongé dans l'ombre, et je me suis dit que c'était incroyable comme il ressemblait à Sir Charles Chaplin et je me suis dit que ce n'était qu'un amalgame de mon imagination à cause de la similitude du travail, du pantomime, de la poésie. Et puis avant d'écrire cet article, je lis sur internet que James Thiérrée est simplement le petit-fils de Sir Chaplin. Alors à présent il m'est difficile d'écrire, ma passion pour Chaplin va déteindre sur Thiérrée, et je n'ai pas le droit de faire ceci. Alors voilà ce que je vais faire : tant d'émotions me sont venues à la vision de la symphonie du hanneton que j'ai pris des notes sur des posts-it épars. Et je vais vous les livrer tels quels, sans modification, sans ajout, aussi simplement que les mots me sont venus, sans connaître alors quoi que ce soit sur James Thiérrée, et en conséquence, sans l'influence flottante de Charles Chaplin...
Tour à tour sensible et violent émotionnellement, envoutant.
Perfection de l'art et du geste, maîtrise des sentiments et du beau. Art du spectacle de rue, perfection de la coordination.
Magie, enfance, habilleté des corps et des mouvements.
Fabuleux, merveilleux et féérique. Le merveilleux côtoie l'inattendu imaginaire. Déroutant et familier.
Sublime, magnifique et remarquable. Le sens des choses, la perception, l'essence, les sens de l'être.
Légèreté de l'être et du mouvement. James est un génie. Monde sensible et merveilleux ponctué de magnifiques apparitions. De l'opéra et du classique.
Aisance déconcertante et poésie.
Un chef d'oeuvre de beauté, émouvant.

21:00 Publié dans From Chaplin to Thierree | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





